L'IMRTD (Impot en main remboursable au titre de dividendes) est l'un des mecanismes fiscaux les plus mal compris par les entrepreneurs incorpores au Québec. Pourtant, si votre société par actions génère des revenus passifs (placements, loyers, dividendes de portefeuille), ce mécanisme dicte combien d'impôt vous payez aujourd'hui et combien vous récupérerez plus tard. Mal géré, l'IMRTD peut transformer une stratégie d'investissement corporative en piège fiscal. Bien comprise, c'est une mécanique de remboursement qui préserve l'intégration fiscale entre la société et l'actionnaire. Cet article fait partie de notre glossaire comptable du Québec et détaille la mécanique 2026 avec exemples chiffrés.
L'IMRTD (Impot en main remboursable au titre de dividendes) est un mécanisme fédéral prévu à l'article 129 de la Loi de l'impôt sur le revenu qui perçoit un impôt additionnel sur les revenus de placement gagnés par une société privée sous contrôle canadien (SPCC), puis le rembourse partiellement à la société lorsqu'elle verse des dividendes imposables à ses actionnaires. Son but : préserver l'intégration fiscale, c'est-à-dire faire en sorte qu'un revenu passif gagné via une société ne soit pas moins (ni plus) taxé qu'un revenu gagné directement par l'actionnaire.
Depuis 2019, l'IMRTD est divisé en deux comptes distincts :
Cette distinction empêche désormais une SPCC de transformer artificiellement des revenus passifs ordinaires en flux de dividendes déterminés à faible taux pour les actionnaires.
Pour comprendre l'IMRTD, il faut suivre l'argent en trois étapes : la SPCC reçoit un revenu passif, paie un impôt additionnel, puis récupère cet impôt lorsqu'elle redistribue le revenu sous forme de dividendes.
Lorsqu'une SPCC gagne un revenu de placement, ce revenu est taxé à un taux fédéral combiné au taux québécois nettement supérieur au taux applicable aux revenus actifs admissibles à la DPE. Une portion de cet impôt est inscrite au compte IMRTD :
Au Québec, l'impôt provincial s'ajoute par-dessus, mais ne participe pas au mécanisme de remboursement IMRTD : seule la portion fédérale est remboursable.
Quand la SPCC verse un dividende imposable à un actionnaire, elle récupère 38,33 % du montant du dividende, jusqu'à concurrence du solde du compte IMRTD applicable. C'est le remboursement au titre de dividendes (RTD).
Concrètement : pour chaque tranche de 1 000 $ de dividende versé, la société récupère jusqu'à 383,33 $ d'impôt fédéral déjà payé. Cette mécanique fait en sorte que la double imposition (entreprise + actionnaire) reste neutre par rapport à un revenu passif gagné directement.
Avant 2019, un seul compte IMRTD existait. Une SPCC pouvait alors recevoir des intérêts (revenu non déterminé), accumuler de l'IMRTD, puis verser un dividende déterminé (provenant de revenus actifs sous le plafond DPE) pour déclencher le remboursement - un avantage fiscal jugé abusif.
Depuis 2019, le mécanisme est apparié :
| Type de revenu passif | Compte IMRTD alimenté | Taux d'ajout | Type de dividende qui déclenche le remboursement |
|---|---|---|---|
| Intérêts de placement | IMRTD-ND | 30,67 % | Dividende ordinaire ou déterminé |
| Loyers nets (revenus passifs) | IMRTD-ND | 30,67 % | Dividende ordinaire ou déterminé |
| Gains en capital imposables (50 %) | IMRTD-ND | 30,67 % | Dividende ordinaire ou déterminé |
| Dividendes déterminés reçus | IMRTD-D | 38,33 % | Dividende déterminé uniquement |
| Dividendes ordinaires reçus d'une SPCC liée | IMRTD-ND | 38,33 % | Dividende ordinaire ou déterminé |
Cette distinction est devenue un point central de la planification fiscale d'une SPCC, particulièrement pour les entrepreneurs qui combinent revenus actifs et portefeuille de placements corporatifs.
L'IMRTD ne concerne pas toutes les sociétés. Trois conditions doivent être réunies :
Un point critique souvent négligé : depuis 2019, lorsque les revenus de placement passifs d'une SPCC dépassent 50 000 $ dans une année, le plafond de la déduction pour petite entreprise (DPE) est réduit de 5 $ pour chaque dollar excédentaire. À 150 000 $ de revenus passifs, la DPE est complètement éliminée. Cette interaction entre IMRTD et plafond des affaires (DPE) est l'une des principales raisons pour lesquelles certaines structures de holding ne sont plus aussi avantageuses qu'avant.
Une SPCC québécoise opérant dans la consultation incorporée détient un portefeuille de placements corporatif qui génère 100 000 $ d'intérêts dans l'année. Aucun revenu actif n'est gagné cette année (l'entrepreneur est en congé sabbatique).
Pour récupérer entièrement les 30 670 $ accumulés, il faudra verser au total environ 80 000 $ de dividendes (30 670 / 0,3833).
Une SPCC en construction génère 600 000 $ de revenus actifs (admissibles à la DPE) et 35 000 $ d'intérêts de placement passifs.
Dans ce scénario, l'IMRTD joue son rôle neutre. La structure reste optimale tant que les revenus passifs restent contenus sous 50 000 $.
Même SPCC en construction, mais le portefeuille corporatif a explosé suite à une vente de biens immobiliers. Résultat : 200 000 $ de gains en capital imposables (donc 100 000 $ ajoutés au revenu imposable) plus 60 000 $ d'intérêts. Total revenus passifs : 160 000 $.
Ce cas illustre pourquoi la planification d'une stratégie de revenus passifs vs actifs doit être faite avant la disposition d'actifs significatifs, pas après.
Les gains en capital réalisés sur la vente d'actions admissibles d'une SPCC active peuvent bénéficier de l'exonération cumulative des gains en capital (ECGC, environ 1 016 836 $ en 2026). Mais l'exonération s'applique à l'actionnaire individuel, pas à la société qui détiendrait ces actions. La détention via une société de gestion (Gesco) (article à paraître Q3 2026) change complètement les règles d'IMRTD applicables.
Au fil de plus de 15 000 demandes d'entrepreneurs reçues depuis 2023, avec notre réseau de 1 500+ comptables, certaines erreurs reviennent régulièrement :
Ces erreurs sont parmi les plus fréquentes que les entrepreneurs commettent avec leur comptable, particulièrement quand le mandat ne couvre que la production des déclarations sans planification proactive.
L'optimisation de l'IMRTD ne peut pas se faire isolément : elle s'inscrit dans une stratégie globale qui intègre la rémunération de l'actionnaire, la planification successorale, et la structure détention-opération. Un comptable fiscaliste compétent posera ces questions chaque année :
Si vous êtes dans la situation où vous devez arbitrer entre salaire et dividendes, l'IMRTD ajoute une dimension : un dividende versé ne déclenche un remboursement que s'il y a un solde IMRTD - sinon, c'est juste un revenu imposé deux fois sans bénéfice d'intégration.
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Find my accountantBien piloter l'IMRTD suppose un suivi comptable annuel des comptes de dividendes. Pour situer ce coût, le Baromètre Bankeo place la médiane des honoraires autour de 3 000 $ par an (de 500 $ à 6 000 $ selon la complexité), et l'Indice Bankeo vous aide à choisir un comptable vérifié à l'aise avec les sociétés par actions.
Non. L'IMRTD est un mécanisme strictement fédéral prévu à l'article 129 LIR. Le Québec impose les revenus de placement de la SPCC à son propre taux provincial sans mécanisme équivalent de remboursement. C'est une des raisons pour lesquelles les revenus passifs corporatifs au Québec restent moins avantageux qu'en Ontario ou en Alberta.
Lors d'une vente d'actions, l'IMRTD ne se « transfère » pas à l'acquéreur de façon automatique : il reste dans la société. Lors d'une vente d'actifs suivie d'une liquidation, le solde IMRTD est remboursé à mesure que la société verse des dividendes finaux aux actionnaires. Une planification de liquidation bien conçue maximise ce remboursement.
Oui, si elle est une SPCC qui gagne des revenus de placement. Beaucoup d'entrepreneurs créent une Gesco pour transférer le surplus d'opération de leur société opérante vers une structure de détention - le revenu actif transféré via dividendes intersociétés déterminés peut alimenter l'IMRTD-D, et les revenus de placement subséquents alimentent l'IMRTD-ND.
Le CDC (compte de dividendes en capital) permet de verser un dividende non imposable à l'actionnaire, provenant principalement de la portion non imposable des gains en capital (50 %). L'IMRTD concerne la portion imposable de ces mêmes gains en capital, ainsi que les autres revenus passifs. Les deux comptes sont complémentaires et fonctionnent en parallèle.
Indéfiniment, tant que la société reste une SPCC. Toutefois, un solde non utilisé ne génère aucun intérêt de retard et perd de la valeur en termes réels (inflation). C'est une des raisons pour lesquelles le timing des dividendes versés a un impact direct sur le rendement net après impôt.
Non. L'IMRTD ne concerne que les sociétés par actions (SPCC). Un travailleur autonome non incorporé déclare ses revenus de placement personnellement et bénéficie directement du mécanisme du crédit d'impôt pour dividendes au niveau personnel.
Le calcul est intégré à la déclaration T2 fédérale (annexe 3 et calcul à la ligne 460). Au Québec, la CO-17 reprend l'information mais sans mécanisme de remboursement provincial. Si votre comptable ne vous communique jamais le solde de vos comptes IMRTD-D et IMRTD-ND chaque année, c'est un signal d'alerte sur la profondeur de son accompagnement.
L'IMRTD n'est pas une taxe punitive : c'est un mécanisme de neutralité fiscale qui évite que l'incorporation devienne une échappatoire pour les revenus passifs. Bien géré, il préserve l'intégration entre la société et l'actionnaire. Mal géré, il devient un solde dormant qui coûte de la valeur chaque année - et pire encore, son interaction avec le plafond DPE peut faire perdre des dizaines de milliers de dollars d'impôt préférentiel.
Si votre comptable actuel ne vous parle jamais de vos soldes IMRTD-D et IMRTD-ND, ne planifie pas le timing de vos dividendes, ou n'a pas anticipé l'effet de vos revenus passifs sur la DPE, c'est qu'il fait de la production de déclarations, pas de la planification fiscale. La différence se chiffre en milliers de dollars d'économie chaque année. Pour aller plus loin, consultez aussi notre guide ultime sur l'optimisation fiscale pour entrepreneurs et les avantages d'une société par actions au Québec.
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